Didier Sustrac

Auteur, compositeur, guitariste, chanteur

Biographie

www.sustrac.com

Didier-Sustrac-800.jpg

Crédit photo : ©Christian Colomb

Né en 1959 à Grasse, Didier Sustrac s’empare de la guitare familiale dès sa huitième année, qu’il apprend, tout seul, comme un grand. Il n’a pas dix ans et, déjà, écrit des chansons. Grandi entre Grasse et Avignon, dans une famille de mélomanes, il écoute de tout, de Jeanne Moreau à James Brown, de Billie Holiday à Led Zep. Mais il se souvient avoir cherché dès l’adolescence un autre chemin que celui du rock, quelque part entre le cool jazz de Chet Baker et le jazz californien de Michael Franks. Sans oublier le bucolique et romantique Pierre Barouh, compositeur lusophile du thème iconique du film Un homme et une femme (1966), qui fut pour beaucoup dans son envie de voyager.


Dix ans plus tard, nourri des récits de sa grand-mère poétesse et peintre, il part explorer le Venezuela, puis il met le cap sur le Brésil en 1979, aiguillé par un disque de João Gilberto et Stan Getz. Débarqué à Rio, pendant la dictature, il a aussitôt compris qu’il avait enfin trouvé ce qu’il cherchait : les harmonies suaves, les rythmes africains des afro-sambas et la bossa jazz de João, taillée pour la douceur de son tempérament et sa voix murmurante. « Je me suis accaparé la bossa comme les yéyés se sont accaparé le rock », dira-t-il plus tard. Il est resté là-bas trois ans, le temps de troquer sa guitare folk contre un violão et de prendre ses premiers cours de guitare classique, mais aussi d’apprendre le portugais et de comprendre que sa langue d’écriture resterait, à jamais, le français.


De retour au pays, à 23 ans, il rode sa nouvelle vie de chanteur de bossa dans les pianos-bars du golfe de Saint-Tropez, avant de partir à l’assaut de la capitale, pour y démarcher les labels. En vain... La dénicheuse de talents Varda Kakon (Dany Brillant, Lara Fabian...) a été la première à croire en son swing chaloupé, à son univers rêveur, à sa « musique pour femmes », et a convaincu le producteur Marc Lumbroso de le signer en 1993 : premier disque, Zanzibar (Remark), premier tube, Tout seul, et l’Olympia dans la foulée, en première partie de Smaïn... Depuis, Didier Sustrac a enchaîné les disques et les rencontres : celles de Chico Buarque, invité en duo sur l’album Blues Indigo (Remark, 1995), de Marcio Faraco, dont il a produit le disque, ou encore de Claude Nougaro, qui lui a offert un duo d’exception sur le titre Cogne (2003). Il y eut aussi, au début des années 2000, cette nuit magique passée à jouer et discuter avec João Gilberto dans sa chambre d’hôtel londonienne... Parmi ses innombrables concerts, on notera quelques duos prestigieux : Chico Buarque, Michel Fugain, Yuri Buenavetura, Claude Nougaro, Pierre Barouh, Philippe Baden Powell et David Linx. Artiste sans concession entre poésie, bossa et jazz, Didier Sustrac montre qu’il est l’un de ceux qui réussissent le mieux le mariage de la musique brésilienne et de la langue française.


En pleine crise de l’industrie du disque, Didier a dû aussi composer avec les majors. Etiqueté « variété », lui-même concède s’être « vendu » à EMI avec Chanteur d’ascenseur (2000), album dont le titre amer portait ses désillusions. Il s’est « retrouvé » avec Matière Première (Zinzin production, 2003), disque à son image qui a scellé son amitié avec Claude Nougaro dans un duo rare sur la chanson Cogne... Pendant ces années chaotiques, son tropisme brésilien, lui, est resté intact. Il a ainsi enregistré à Rio le disque Je chante un air (Zinzin production, 2006) avec percussions et fanfare cariocas, et continué d’user de la bossa comme d’un langage pour parler de lui, de sa vie de père (Au pays des papas, album de comptines pour enfants sorti en 2010) et de ses rêves d’ailleurs. En 2011, il produit le DVD Voyageur (Azimut collection). Didier écrit également des chansons, entre autres, pour Jane Fostin (Blues de Billie), Nana Mouskouri (Voir le monde) et Maurane (J’t’ai pas tout dit). 


Didier montre également ses talents d’auteur par la publication de plusieurs ouvrages, dont « Busca Vida » (éditions Orphie, 2000), et des contes pour enfants, « Chut le roi pourrait t’entendre » (éditions Gautier-Languereau, 2007), « Mon grand livre des papas » (Thomas Jeunesse, 2009), « Le Capitaine Pff et le Dragon rouge » (Thomas Jeunesse, 2010), et son premier roman, « Je hais les DJs » en 2016.


En 2016, Didier enregistre l’album Ostende Bossa (WEA music) qui contient des duos avec Pierre Barouh (Samba saravah), David Linx (Mousailllon) et Camila Costa (Rua Madureira).  


Plus serein, plus libre que jamais, Didier est tourné vers l’avenir mais n’oublie pas son rôle de passeur. Avec ses musiciens, en partie brésiliens, il reconstruit avec sa génération ce pont toujours rêvé entre la France et le Brésil. Il est ainsi reconnu comme le « bossanoviste le plus brésilien de France », mais si son univers tourne autour de la bossa nova, il puise ses sources dans ses racines françaises. Claude Nougaro lui a dit un jour « Ta patrie, c’est ta langue ». Dans ce contexte, Pierre Barouh a été depuis toujours une sorte de figure tutélaire dans son univers franco-brésilien. Fidèle à son passé, Didier Sustrac se régénère, travaille sans relâche sur de nouveaux textes, de nouvelles compositions.


Sa croisée de chemin avec Bossa Flor est liée à la sortie de son album Ostende Bossa, et constitue ce que Pierre Barouh appelait une « rivière souterraine ». Philippe Quevauviller est tombé sur une vidéo où il chante Samba saravah avec Pierre, accompagné par Philippe Baden Powell et d’autres musiciens, ce qu’il l’a amené à découvrir le projet d’album, un double clin d’œil par la référence à la Belgique et leur lien commun avec Pierre Barouh. De là est né leur rencontre, rendez-vous avait été pris en décembre 2016 avec Pierre pour discuter d’un concert à Bruxelles, mais le destin avait un autre projet et c’est au cimetière de Montmartre qu’ils se verront un jour de janvier, accompagnant l’ami vers sa dernière demeure. Didier est quand même venu présenter son album en juin 2017, et une amitié, un même espace de partages, s’est développé au fil du temps, avec de multiples rencontres à Bruxelles et ailleurs…

Bruxelles - Belgique

©2020 by Bossa Flor